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LE MALAISE LIBANAIS

LE MALAISE LIBANAIS

LE MALAISE LIBANAIS

Il n’est plus possible, même pour les plus optimistes, de nier le malaise profond qui nous empoigne. Toutes les classes et toutes les régions libanaises en souffrent. On a beau cherche à camoufler les faits ou à voir les choses en rose. La réalité brutale nous est constamment rappelée par le cours anormal des choses.

LE MALAISE EST REEL

Lorsqu’on considère que cette vague de mécontentement est presque générale, qu’elle déferle sur la montagne et sur la ville, que même les indifférents en sentent les effets, eu sen font les échos, il ne reste plus permis de nier l’évidence, de mettre cet état de choses sur le compte d’une neurasthénie collective ou d’une mélancolie romantique et contagieuse.

Il faut bien reconnaitre que si la machine a des rates, il y’a surement dans les organes moteurs quelque chose qui ne va pas. A un état pathologique constant correspond indubitablement un mal réel qu’on doit déceler et guérir.

Ce mal n’est certes pas imaginaire. Il n’a pas encore, il est vrai, la gravité d’une maladie mortelle mais si les choses continuent de ce train, il est certain que la maladie s’aggrave et queue finira par compromettre l’existence de l’organisme atteint.

Le malaise qui envahit les gens, vient sans dame, d’un mauvais fonctionnement qui affecte le rouage de l’Etat. Tous les services de l’administration, galopant en marge des lois el des règlements, fonctionnant avec incohérence et arbitraire. Les heurts et les grincements qui s’ensuivent assourdissant les tympans les plus durs et créent des souffrances réelles.

Lorsque des organes vivants, crées pour travailler dans le concert et l’harmonie, méconnaissent les lois de la nature, ou agissent à l’encontre de ces lois, il va sans dire que l’organisme auquel ils appartiennent souffre d’abord de ce déséquilibre pure dépérit et meurt si l’équilibre n’est pas rétabli à temps.

GABEGIE ET DESORDRE

Absence d’autorité et de discipline, gabegie, désordre, anarchie, carence, violation des règlements, tel est le bilan actuel de l’administration générale. Il y a lieu d’ajouter que dans un pays ou les élites abondent et pratiquent le chômage force les trois quarts de nos hauts fonctionnaires n’ont aucune culture et sont presque des primaires arrogants. Si après cela, les choses ne vont pas comme on le désire, il n’y a pas lieu de s’en étonner le cote politique, le cote administratif et judiciaire, le cote économique sont dans un délabrement semi-complet.

Qu’une issue fatale vienne à se précipiter sur l’Etat, elle ne surprendrait personne. Chacun se rend compte qu’un Etat pareil ne peut durer et que s’il n’est pas maitrisé ou arrêté e temps in finirait fatalement dans le gouffre.

Pendant que les Ministres usent leur force, leur temps et leur adresse à manœuvrer pour durer au lieu de gouverner, de son cote, l’administration générale donne le spectacle d’une pagaille et d‘une incurie qui révolte.

Les droits sont méconnus, les règlements violés. La justice est boiteuse. La loi devient un obstacle franchissable le bon fonctionnaire, un trouble-fête gênant. Et dire que << c’est de l’administration que dépend en pratique presque toute la marche de l’Etat et que c’est elle que dépend aussi la vie eu la mort des me que vote le parlement >>.

Si par ailleurs le public Libanais regarde les choses avec un air d’indifférence, c’est que l’expérience du passe l’a habitué à compter sur la puissance mandataire pour redresser le mal dans un passe qui n’est guère lointain, se dit-on, une situation anormale, qui n’avait pas la gravite de la présente a suffi pour faire suspendre la Constitution; il n’y a donc pas de raison pour que l’histoire ne recommence pas et l’on attend tranquillement de la France un nouveau geste libérateur.

C’est pourquoi ou que l’on aille, il n’est pas une question qui se pose.

Cet Etat de choses va-t-il durer longtemps ? Va ton suspendre la Constitution ? Va-t-on chambarder le régime ? Et dire que ce régime devenu soudain bouc émissaire, il y a seulement un peu plus d’un an qu’il a été rétabli.

CAUSE DE MALHEURS. DEUX CONCEPTIONS OPPOSEES

Si tous les Libanais sont d’accords pour reconnaitre l’existence du mal dont nous souffrons, ils sont très divisés quant à sa nature et partant, quant aux remèdes à ordonner.

Sur ce chapitre important, les Libanais se partagent en deux camps bien distincts.

Les uns accusent le régime actuel et les autres les hommes qui en profitent.

Les premiers demandent la révision de la Constitution et les seconds, le départ des hommes au pouvoir.

Ces deux camps opposes se rattachent aux deux thèses classiques qui divisent actuellement le monde comme elles n’ont d’ailleurs toujours divise : la thèse de l’autorité et celle de la liberté.

Dire quelle est des deux camps celui qui a raison ou tort serait difficile. Toute vérité est relative et l’absolu n’est pas au domaine du réel. Pour notre part, nous pouvons affirmer que chacun des deux systèmes a sa part de venue, ses avantages et ses inconvénients.

Nous allons exposer les faits avec objectivité et nous essaierons d’en déduire les conséquences qui en découlent.

BESOIN DE CHANGEMENT

Avant d’aborder le vif du sujet, nous devons reconnaitre que la facilite avec laquelle les changements et les chambardements se sont opérées dans ce pays rend l’opinion Libanaise très nerveuse. Dès qu’elle juge qu’un régime ou qu’une équipe a un peu trop dure.

Il y e également dans ce sentiment capricieux un mal qu’en peut appeler le mal du siècle. C’est l’amour du changement de décor. Comme partout ailleurs, l’opinion aime le nouveau, les coups de théâtre, le << sensationnel >>, la presse, la T.S.F, le cinéma nous annoncent eu nous font voir des choses extraordinaires. Journaux imprimes en caractère d’affiche et mettant en manchette : << le ministre démissionne… le ministre sera renverse… qui sera ministre ? >> etc…

Prenant gout a l’inédit et le nouveau, l’opinion en demande toujours d’avantage.

Peut-être nous eut-on habitues a plus de stabilité dans les mœurs si l’on avait moins change et de régime et d’hommes. Les multiples modifications intervenues dans le passe ou encouragés et développés en nous, ce besoin de destruction qui sommeille dans le cœur de tous les hommes.

CONCEPTION ORIENTALE DE L’ETAT.

Une première vérité s’impose. Le Libanais moyen n’a pas foi dans les formules politique. Pour lui ce sont les personnes qui comptent.

Comme tous les Orientaux, le Libanais se fait difficilement à la notion de l’Etat, personne morale. L’Etat c’est les personnes physiques qui le représentent.

La seconde notion c’est celle du gouvernant source de force et de puissance; c’est pourquoi aux yeux de tous les Libanais, c’est le H.C, seul détenteur de la force, et aussi le seul pouvoir dont émane tous les autres pouvoirs, malgré tous les textes contraires. Un geste eu une attitude de sa part est plus efficace et plus obéi que ne le sont la Chambre et le Ministère Libanais réuni.

CE MALAISE N’EST PAS RECENT

Il ne faut pas oublier que le malaise actuel n’est pas spécial aux années 1937 ou 1938. Il a simplement grandi avec le développement de la crise économique qui sévit. N’ayant pas de question extérieures qui occupe son attention et sert de soupape de sureté a ses ennuis, le Libanais ne trouve en face de lui que les hommes qui le gouvernent et sur lesquels il déverse naturellement tout le poison de son mécontentement.

Des esprits clairvoyants nous prouvent que, depuis 1910, tous les gouvernants qui ont eu à gérer l’Etat Libanais n’ont bénéficié de la confiance publique plus de six mois. Ni les gouverneurs Français, ni les ministres constitutionnels, ni les gouvernements provisoires n’ont été plus heureux les uns que les autres. Toujours sympathiques au début, leur popularité ne tardait pas a fondre pour devenir au bout de peu de temps, une impopularité notoire qui transformait régime et hommes en ennemis publics numéro un.

Le bienfaiteur de la partie était celui qui délivrait de ce fléau. Et comme c’était la France qui se chargeait presque toujours de cette besogne, on a pris le pli de toujours s’adresser a elle pour ce genre de service.

En réalité, ce n’est pas du régime seul que la population entend se défaire lorsqu’elle demande qu’on l’en débarrasse. Si elle réclame la suppression de la fonction, c’est surtout pour voir disparaitre l’homme qui l’occupe. La preuve en est que lorsqu’un régime est abrogé, les gens ne tardent pas à le regrette, puis a le réclamer, dans l’espoir de voir des figures nouvelles remplacer celles qui ne le sont plus. Curiosité et intérêt mêlés.

LE PARLEMENTARISME CONVIENT-IL AU LIBAN ?

Avant d’aborder ce problème épineux et complexe il nous faut rappeler et revenir deux vérités fondamentales.

Première vérité :

Le régime parlementaire n’est pas un régime type. Il est toujours façonne et modifie par le régime le génie du peuple qui l’adopte.

Le régime Nord-américain diffère du régime Sud-américain comme il diffère du régime français. Et pourtant ces quatre pays sont des démocraties libérales et parlementaires. Cela n’empêche pas qu’en Amérique, comme en Angleterre l’exécutif est souverain, alors qu’en France, c’est le législatif qui gouverne.

Deuxième vérité:

En deuxième lieu, le régime politique d’un pays d’autant plus d’attraits et d’imitateurs qu’il a réussi de grandes choses eu résolu de graves problèmes.

Si après 1919, le parlementarisme a été adopte pour presque tous les Etats du monde, c’est précisément parce que l’Italie, puis L’Allemagne, et avant elles la Turquie, ont réussi là où le parlementarisme a échoué. Qu’une catastrophe vienne à tomber sur ces états totalitaires et l’on verrait tout de suite renaitre la vogue des régimes de liberté.

LA VIE EST UN CYCLE.

Les hommes de tous les temps ont toujours oscille entre deux tendances correspondantes a deux besoins contradictoire : le besoin d’autorité de celui de liberté. Suivant les nécessités du moment ils réclament tantôt l’un et tantôt l’autre besoin.

L’homme par nature changeant. Il ne peut jamais vivre longtemps dans un même état. Car si le régime de liberté échoue dans l’anarchie, le régime d’autorité a des tendances au despotisme et à la tyrannie. La vie est un véritable cycle.

REGIME DE JUSTE MILIEU.

Un régime qui tiendrait donc le juste milieu donc la justice entre les deux tendances, serait un régime idéal pour tous les pays en général et pour le Liban en particulier.

D’autre part, la Constitution qui doit régir le Liban doit correspondre aux besoins, aux aspirations et aux traditions des libanais.

La formule d‘une Constitution n’a aucune vertu magique pour que sa simple révision suffise à tout améliorer. Une constitution doit être l’aboutissement d’une évolution ou produit d’une révolution. Or ni l’un ni l’autre source n’a engendré la constitution Libanaise. Cette dernière est sortie toue faite du cerveau d’un diplomate. Elle n’est qu’un habit d’emprunt trop large et trop lourd pour nos frêles épaules.

Il ne faut pas oublier que si notre culture, nos affinités spirituelles et notre civilisation méditerranéenne nous apparentent à la France et nous rendent familières à son régime politique, son génie et son histoire nous avons par contre des siècles de vie sous des régimes d’autorité, régime qui ont autrement façonne notre conception du pouvoir et de la vie publique. Le plus latin parmi nous n’a pas sur ce chapitre une idée différentes de celles des autres libanais.

Un régime de juste milieu ne du croissement de deux systèmes opposes serait peut-être idéal.

L’expérience nous apprend et l’histoire nous enseigne que la vie des Sociétés humaines est faite de compromis, d’arrangements, de mariage de systèmes différents.

Cette thèse parait absurde pour des esprits cartésiens habitues aux rigueurs de la logique. Mais il ne faut pas oublier que la Société humaine est un ensemble organique et vivant et que les réactions de la matière vivante déjouent dans les spéculations de la pensée et de toutes les déductions de l’intelligence.

Dans le maniement de ses semblables l’homme doit se guider beaucoup moins par le raisonnement et la logique que par un sens intuitif et psychologique inné.

Une bonne constitution doit donc tendre de la vigueur à l’action de l’exécutif. Car si délibérer est le fait de plusieurs, agir ne peut-être que le fait d’un seul. Avec notre système actuel c’est le législatif qui gouverne ou plutôt qui, en fait, empêche de gouverner. Pour éviter la dictature de l’exécutif, on tombe dans celle du législatif, dictature d’autant plus dangereuse qu’elle est anonyme, impersonnel et irresponsable.

ABSENCE D’EDUCATION POLITIQUE :

Mais encore suffit-il de quelques modifications apportées aux textes de la Constitution pour voir comme par miracle s’améliorer les choses ? Et le mal n’est-il pas dans l’âme d’un peuple plus que dans les lois qui le régissent.

Il est plus que certain que notre mal ne provient pas qu’en partie des textes. Il vient presqu’en entier de l’absence d’éducation politique, et du manque de caractère et discipline chez les élites et chez les masses. Le Liban traverse une crise morale, et c’est le manque de caractère et l’indiscipline qui sont à la base de cette crise. Si nos ancêtres avaient eu ces défauts, Le Liban, qui a traversé des périodes bien critiques dans son histoire séculaire, n’aurait pas survécu jusqu’à ce jour.

Ce n’est donc pas un texte modifié qui donne aux hommes politiques du caractère. Une société commerciale n’a jamais tire sa force de ses statuts. ‘La foi seule peut faire en certains moments ce que jamais n’eut fait la loi’.

Nos principes moraux, notre éducation civique, notre conscience nationale, notre patriotisme bien compris, notre réalisme, et notre tolérance politique, notre sens de la mesure, notre conscience nationale, l’idée du sacrifice en sang et en argent pour la défense du pays, toutes ces vertus civiques et républicaines et sans lesquelles une nation indépendante ne peut vivre, ou sont-elles et par quoi les remplacerions-nous ? Sans tous ces facteurs réunis, le régime parlementaire et même l’Etat indépendant ne sont qu’une triste parodie. Si nous reconnaissons franchement que nous sommes et que nous ne serons qu’un Etat mi- souverain, beaucoup de choses iraient sensiblement.

Qui peut nier que le caractère supplée souvent à l’insuffisance ou à la carence des textes. Clemenceau et Poincaré n’ont-ils pas, a un moment critique de l’histoire de la France, commandes et agi seuls sans toucher aux lois organiques de leur Pays ? Si la France souffre parfois et souvent du mauvais fonctionnement de ses institutions politiques, il y’a dans la race et dans le peuple français des réserves vertus qui font redresser les situations les plus désespérées et créer de véritables miracles.

LE FACTEUR HUMAIN

Le facteur humain est donc celui qui nous manque le plus. C’est celui-là que l’on doit éduquer et reformer en premier lieu. Ecoutons à ce sujet, la voix autorisée d’un médecin des maladies de notre temps.

‘Nous avons pris l’habitude de raisonner de l’Etat comme d’une abstraction, nous dit Lucien Ronier. Dangereuse erreur. L’Etat, ce n’est pas une abstraction, ce sont des hommes. Tous les Etats, monarchies ou républiques, n’ont jamais grandi ou vécu qu’en proportion de la vigueur, de la solidité et de la cohérence des cadres humains qui soutenaient et dirigeaient la masse anarchique des intérêts particuliers. Sans doute il faut se garder de simplifier. Mais il faut aussi reconnaitre l’essentiel. L’empire de Charlemagne, c’était les comtes, les marquis et les missi dominici. La royauté de St. Louis c’était les admirables baillis et les sénéchaux qui construisirent notre pays. La monarchie de Louis XIV, c’était les fameux intendants. Notre régime moderne, ce furent les grands préfets de la tradition napoléonienne. Préfets, Intendants, sénéchaux, symboles, et types de l’Administration entière.

‘La grande œuvre, prochaine, pour empêcher que l’Etat ne tombe, sera de restaurer dans ses cadres, la puissance et la cohésion du facteur humain ‘.

Pour le Liban c’est la premières des reformes qu’on doit entreprendre pour empêcher le glissement de l’Etat. La disparition de la foi et de l’idéal politiques des libanais.

ABSCENCE DE PARTIS POLITIQUES

L’application du régime parlementaire intégral, tel qu’il fonctionne au Liban est un véritable anachronisme, vu l’état social et politique de toutes les classes de la Société Libanaise.

L’essence du régime parlementaire dans toutes les parties du pays. Les députes seraient alors les délégués de ces parties à la Chambre. Sans ces partis, toute chambre est forcément isolée de la nation qu’elle est censée représenter. Les différents groupes de la Chambre, seraient les représentantes des différents partis et les nombreux journaux leurs porte-paroles. Et ainsi la Chambre serait en fait et en droit en miniature de la nation.

L’absence de cette organisation élémentaire dans un pays a régime représentatif fait la rupture entre le pays et la Chambre est forcément inévitable et subordonnée à la moindre des crises. Le Pays légal au Liban est presque toujours en divorce avec le pays réel.

C’est pourquoi en cas de crise, l’opinion libanaise chauffée par une presse trop portée à l’exagération ne considère le Député qu’un auxiliaire du Gouvernement et se détourne de lui pour applaudir le premier démagogue qui insulte les hommes au pouvoir.

Le député qui n’est délégué par aucun parti organise est en réalité un simple notable et la Chambre une Assemblée de notable. Le reste de la population et les autres notables du pays se considèrent en marge de cet état de choses et étrangers du pouvoir établi. Si encore les députes faisaient plus souvent montre d’un idéal politique et pratiquaient plus souvent les vertus et le courage civiques, il est certain que leur attitude eut force la sympathie et le respect des masses.

PUISSANCE DES CHEFS RELIGIEUX

Si le pays manque de partis politique organises, les Chefs religieux constituent par contre les cadres d’une force organisée, qui enrégimente et dirige presque toutes les classes et toutes les régions du pays. Ce n’est que dans le temps de crise que le pouvoir de ces chefs apparait dans toute sa force.

Mais les chefs de ces partis, loin de pratiquer une politique active qui les ferait participer à la vie publique en sollicitant un mandat législatif ou un portefeuille ministériel, se cantonnent-ils dans une retraite commode et se contentent ‘une sage réserve. Ce qui leur permet de conserver tout leur prestige de chefs, de canaliser et d’exploiter au profit de leur situation tous les courants d’opposition et de mécontentement et de frapper de leurs foudres, quand il leur plait, tous les gouvernants qui n’arrivent pas à leur plaire. Un discours de l’un d’eux fait trembler plus d’un ministre, comme le ferait trembler un déplacement de majorité a la chambre. L’attitude des gouvernants est donc commandée par celle de ces chefs, au même titre que qu’elles l’est par les groupes de la Chambre.

Il n’y a pas lieu de s’étonner de cette situation anormale. Elle est commandée et crée par les faits. Dans un pays ou les communautés sont presque des nations, ou ces mosaïques de petites nations dans le sein de la grande, conservent leurs coutumes, leurs privilèges et leurs avantage respectifs, une Constitution calquée sur celle de la France, Etat unitaire et laïque par excellence est un anachronisme condamne par le simple bon sens.

Du fait que l’on a reconnu l’existence et les droits des différentes communautés religieuses, il n’est plus possible de denier a leurs chefs le droit de s’immiscer dans la politique du pays. A plus forte raison, négliger leurs interventions ou faire abstraction de leurs présences ne serait pas et une bonne politique. Les chefs suprêmes de ces communautés. Ajoutez-y le prestige de l’autorité divine sur le peuple et vous aurez une idée de leur force sur cette cote des Dieux.

Quel est en France le Gouvernement qui oserait impunément faire abstraction de l’existence de M. Jouhaux même si ce dernier n’est pas députe a la Chambre ? A quelque différence près la chose est la même au Liban pour certain grands chefs religieux.

LE LIBANAIS CITOYEN OBEISSANT

Il est incontestable que le régime représentatif serait le régime idéal pour des pays comme le nôtre qui sont une mosaïque de petites nations. Mais tel qu’il fonctionne actuellement au Liban, ce régime est, je le répète, un anachronisme, une parodie et même une forfaiture.

Le Libanais ne demande qu’à être bien gouverne. Qu’on lui assure les bienfaits d’une bonne administration et le reste n’est pour lui qu’un luxe superflu. Il méprise et honnit tout gouvernement qui ne saurait lui assurer ce besoin élémentaire. La forma de ce gouvernement lui importe peu.

Des siècles de soumission, de patience et de lutte contre l’ennemi extérieur, ont habitue le libanais a ne pas demander la lune a ses chefs. Son idéal c’est de voir fonctionner une bonne administration, une bonne justice, une forte police, une saine gestion financière et l’égalité devant les lois. Aucun libanais ne souffre dans ses libertés politiques ou religieuses. Aucun ne sera jamais assez puissant pour persécuter ses concitoyens.

A quelques exceptions près, nos gouvernants de tous les régimes n’ont jamais encore pu assurer aux libanais ce minimum d’existence.

Que feraient-ils alors s’ils avaient à résoudre les graves problèmes économiques, sociaux, politiques et financiers sous lesquels ploient des démocraties occidentales ?

L’OTTOMANISME

Sons l’empire ottoman, la conception du pouvoir n’était pas la même qu’aujourd’hui. L’Etat comprenait deux castes bien sépares; La caste de contribuables et celles des fonctionnaires. La première payait l’impôt et la seconde en vivait. Personne ne songeait à demander aux gouvernants de percer une route ou de construire un pont.

Avec le mandant français, la conception philosophique de l’Etat se modifie. Les contribuables deviennent souverains et l’Etat, serviteur de la collectivité doit assurer tous les services publics.

Le malheur fut que ce nouveau régime a toujours été servi par des hommes appartenant presque tous à la vieille caste de fonctionnaires potentats. Ils ne cherchent qu’à vivre de l’impôt tandis que le contribuable entend les voir travailler, sinon à faire son bonheur, au moins à supprimer ou diminuer ses souffrances. D’où ce mal entendu chronique et cette désaffection des masses pour presque tous les gouvernants.

Si l’on excepte le ministère EDDE de 1930, aucun gouvernement n’est venu avec un programme de réformes et de réalisations et tous se sont contents de mal expédier les affaires courantes, c’est-à-dire de renvoyer à plus tard les décisions à prendre.

Leur plan a tous consistait à faire taire ceux qui crient et à gagner ceux qui menacent. D’où cette pléthore de fonctionnaires mal recrutes qu’il est presqu’impossible de jeter sur la pavée, et qui dévorent la partie la plus productive de notre budget.

METHODES NOUVELLES

‘A peuple nouveau, art nouveau’ a dit Victor Hugo. Paraphrasant cette phrase nous pouvons dire qu’un Etat nouveau implique des hommes nouveaux, qu’une nouvelle conception des choses implique et commande des méthodes et des voies nouvelles.

Par hommes nouveaux, il faut entendre ceux qui comprennent les exigences de la vie publique et de l’Etat moderne. Il n’est pas nécessaire qu’ils soient forcement et tout à fait nouveaux. Il y’a parmi les anciens des spécimens très intéressants et très précieux.

Il s’agit donc pour nous de renoncer aux habitants hérités de l’Ottomanisme. Il faut même les proscrire si l’on veut faire de Liban un Etat viable et respecte et si l’on tient à lui rallier les éléments qui lui sont hostiles.

Une politique d’ordre, de justice, d’économie, et de fermeté est le seul capable de réaliser ce grand dessein.

CONCLUSIONS

Nous avons vu fonctionner plusieurs régimes au Liban. Aucun n’a réussi à mettre de l’ordre dans la maison, ni à supprimer des souffrances réelles.

Nous avons vu gouverner tous les hommes en vedette, de mieux et de jeunes, des français et des libanais. Le résultat n’a pas été plus heureux.

Le mal provient en réalité d’un manque de caractère et d’une éducation politique inexistante chez les élites et chez les masses. Seul l’intérêt personnel nous guide dans la vie publique et la passion nous aveugle et nous fait perdre le sens de la mesure. Trop portes à l’exagération, nous ne savons pas limiter nos désirs, ni sacrificier nos intérêts lorsque ces circonstances majeures le commandent. L’Etat n’est pour nous que la somme des intérêts particuliers enchevêtrés. Aucun personnage ou organisme n’est à lui seul assez puissant pour être obéi s’il commande la mesure, la discipline ou même la pudeur.

Nous avons tous à la chambre les mêmes opinions sur la propriété, la liberté, le capital et le travail. Nos luttes n’ont donc pour projet que des intérêts particuliers en concurrence.

Le facteur humain étant ce qu’il est, il ne faut donc pas compter sur lui seul pour remonter la pente qui descend. Le régime parlementaire intégral ne fait qu’augmenter l’anarchie et les souffrances. Un exécutif puissant et bien trie serait seul capable de diriger le navire sur la mer houleuse des intérêts incohérents.

Nous avons dit que l’idéal du libanais en ce qui concerne le gouvernement, c’est une bonne administration, une bonne justice, une bonne police et une saine gestion des derniers publics. Un régime d’autorité, d’où la liberté ne serait pas exclue, peut seul réaliser ces besoins élémentaires. Une institution purement politique ne crée ici que le gâchis et le désordre.

Nous avons vu que la vie est un cycle et l’homme oscille toujours entre les deux tendances opposées, indiques plus haut. Nous avons vu aussi qu’après un régime de dictature, la liberté est toujours désirable, comme après un régime de liberté, l’autorité s’impose.

Nous sommes maintenant au bas de la pente dans le régime de liberté. Nous sommes dans l’incohérence et l’indiscipline et nous abordons l’anarchie.

Choisissions un régime moyen, mi- autoritaire, et mi-libéral. Au lieu du gouvernement serait meilleure.

Améliorons surtout le recrutement du facteur humain. Choisissons des hommes intègres et courageux surtout pratiquant la vertu dans le sens civique du mot. Ces sommes seuls plaisent aux foules et peuvent les commander.

Pour qu’ils puissent s’acquitter de leur tâche, il faudrait leur assurer la stabilité dans leur fonctions et la liberté dans l’action, pour ne pas les obliger à passer leur temps à faire de : l’équilibrisme, du favoritisme et des passe-droits.

Pour empêcher leur pouvoir de déléguer en dictature, un conseil d’état a attributions complètes pourrait les rappeler à la raison, s’ils sont tentes de violer les lois et les règlements établis.

Une cours de comptes garantirait le contribuable contre une mauvaise gestion financière. Le nombre exagère des magistrats permettrait de recruter ces fonctionnaires.

De tout ce qui précède il résulte :
1. Que le facteur humain n’est pas mur.
2. Que l‘éducation politique n’est pas encore achevé
3. Qu’un législatif souverain de gouvernant, ne répond pas aux aspirations des élites ni des messes.
4. Que le renforcement de l’autorité et de la stabilité de l’exécutif répond à un besoin publique.
5. Qu’un organisme supérieur doit servir d’arbitre entre l’exécutif et le législatif, entre la liberté, et l’autorité, pour empêcher celle-ci de dégénérer en dictature.

Cette Haute Autorité Arbitrale était jusqu’à ce jour exerce par le représentant de la Puissance Mandataire, si le régime parlementaire a pu parfois bien fonctionner, c’est grâce aux interventions répétées de ce Haut Arbitre pu a la crainte de ses interventions. Si cette intervention vient subitement et totalement à manquer, il n’y a pas de doute que le régime finirait dans la violence ou sous des coups d’Etat.

C’est pourquoi, la prolongation de mandat aurait dû s’imposer pour une dizaine d’années encore.

Si à cause de la tournure prise par a situation internationale et diplomatique, la question d traite constitue un fait accompli, contre lequel, il n’est plus possible de s’insurger, il faudrait adjoindre au traite une formule qui substituerait a l’autorité de Représentant de Mandat, une autre autorité qui servirait d’arbitre entre les deux pouvoirs et qui serait une garantie et un frein contre les empiètement du pouvoir exécutif.

Si l’on veut sauver le régime parlementaire et l’empêcher de s’écrouler dans l’anarchie ou succomber sous des coups d’états (qu’on voit se multiplier autour de nous dans Le Levant)- cette réforme salutaire s‘impose.

D’après moi, le détail de cette réforme pourrait être envisage comme suit :
A Cote d’un exécutif indépendant et stable, on pourrait instituer un Conseil d’Etat ou Haute Cour qui aurait pouvoir le pouvoir d’annuler tous décrets pris en violation des lois et des règlements.

Pour soustraire les magistrats a l’influence de l’exécutif, ils seraient recrutes, pour une durée de dix ou quinze ans, parmi des magistrats français remplissant certaines conditions déterminer. Ce serait un prolongement indirect de l’arbitrage indispensable de la France, jusqu’é ce que notre éducation politique sein peu plus avancée.

Je crois que ce système la crainte d’une dictature n’est plus justifiée et l’exécutif pourrait se consacre à sa tâche avec indépendance et énergie. L’autorité, mémé une autorité de fer, n’est jamais une dictature si elle est exercée dans le Cadre des lois.

Pour assurer l’exécution des décisions du Conseil d’Etat ou Haute Cour, la Chambre aurait la faculté de renverser les ministres, si la décision rendue per le Conseil d’Etat déclare que ces derniers ont violé la loi nu les règlements. Le droit de renverser le gouvernant après un arrêt ainsi rendu serait facultatif pour la chambre pour ne pas faire du Conseil d’Etat un organisme supérieur au Parlement, et pour laisser é ce dernier le pouvoir souverain de renvoyer les ministres, renvoi subordonne a une décision du Conseil d’Etat.

A part ces cas le Chef de l’Etat aura toujours le droit de nommer et de révoquer les ministres. II pourrait alors les choisir au sein ou en dehors de la chambre.

L’essentiel des grandes lignes de cette réforme, c’est de faire de l’exécutif un pouvoir fort, vigoureux et actif, sans lui permettre de verser dans la dictature.

C’est de substituer à l’Arbitrage du Mandat un autre Arbitrage encore nécessaire.

INVITATION A LA FRANCE.

Dans un avenir plus ou moins proche, le Liban sera élevé à la dignité d’Etat majeur, indépendant et souverain. Il entrera dans le concert de puissances souveraines et siègera un jour à L’Assemblée des Nations.

Ces perspectives gonflent notre cœur d’orgueil. Elles augmentent autant notre gratitude pour la France, grâce à laquelle tant d’honneur nous sera fait.
Toutefois ce nouvel état de choses, loin de satisfaire les esprits réalistes, ne fait que les rendre plus rêveurs et plus inquiet.

Tout ce qui procède nous montre que dans le périlleux voyage de la vie indépendance qui s’ouvre devant nous, nos rouages gouvernementaux et administratifs nous amèneront bien vite de l’anarchie à la ruine. Le chemin qui sépare ces deux points n’est guère long.

Si l’on tient vraiment à ce que le Liban futur vogue vers de solides destinées, il faudrait lui donner une structure solide, permettre à la tête de diriger et au bras d’agir, en faire un Etat viable, respectable et respecte. Le facteur humain doit spécialement être l’objet de soins et de reformes.

Qui peut réaliser les réformes indispensables ? Laisses à eux seul, les libanais en sont surement incapable. Il ne faut pas compter sur les hommes qui profitent d’un état, qu’ils y mettent fin en disparaissant ou en de réduisant avec lui.

Il n’y a donc que la France. << L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux >>, a dit le poète. Avant de remettre à la S.D.N. son tablier de tutrice, la France doit elle-même se charger de cette réforme indispensable. Elle peut faire de geste soit directement, soit par l’intermédiaire des organismes libanais qui lui sont toujours dociles.

La France ne peut, ni dans le présent ni même dans l’avenir, se désintéresser u sort de ce pays qu’elle a tenu sur les fond baptismaux.

D’autant plus qu’en vertu en Traite elle doit, sur ce même sol, cohabiter avec nous. Ses représentants et son armée seront toujours présents parmi nous. Ses nationaux ont ici des intérêts matériels et moraux aussi importants que les nôtres. Elle est libanaise au même titre que nous qui nous réclamons d’elle.

Elle a donc intérêt, autant que nous a ce que l’ordre de la prospérité règne dans la maison commune.

Un peuple ne peut faire que la politique que lui permet sa géographie. Notre situation politique et géographique nous condamne a toujours rester un Etat mi- souverain. Notre existence, notre indépendance, notre civilisation, notre rôle d’agent liaison entre l’orient el l’occident seront toujours mis en cause sans la protection constante et effective la France.

Jawad Boulos

Députes au Liban-Nord
Avocat a la cour
Ancien bâtonnier