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PEN CLUB DU LIBAN 9 FEVRIER 1973

PEN CLUB DU LIBAN 9 FEVRIER 1973

PEN CLUB DU LIBAN
REUNION DE 9 FEVRIER 1973

PRESENTATION DE LA CONFERENCE DE C.F. Mr. KAMAL JUMBLATT
par S.F.Mr. JAWAD BOULOS
Membre Moyen du Club

Il m’est agréable de vous présenter, à la demande du Pen Club du Liban, Kamal Bey Joumblatt, à l’occasion de la causerie culturelle qu’il donnera ce soir sur la « Sagesse et l’homme ».

J’avais tout d’abord hésité à répondre à la demande du Pen Club, considérant à juste que Kamal Joumblatt n’s nullement besoin d’être présenté. Son nom, sa personne et son œuvre ne sont pas trop connus au Liban, comme aussi à l’étranger. Mais, réflexion faite, j’ai jugé utile et nécessaire de remplir la mission qui n’est confiée. Ce que je dirai, en peu de mots, de notre éminent conférencier, n’a bien entendu aucun rapport avec les problèmes de l’actualité politique. Les statuts de Pen Club lui interdisent d’ailleurs de participer à des activités politiques.

Rien que nous nous voyions très peu, à cause de la divergence de nos occupations quotidiennes, une vieille amitié, cimentée par des affinités culturelles et une estime réciproque, m’a constamment uni à cette grande figure libanaise.

Comme tous les êtres humains, Kamal Joumblatt a ses qualités et ses défauts. Les griefs que certains lui reprochent parfois sont souvent contradictoires. Ce fait est du à ce que la plupart des gens sont habitués à juger les autres avec un esprit plus ou moins simpliste : ils ne considèrent qu’un seul aspect des hommes ou des choses : bon ou mauvais, noir ou blanc. Mais la vie est bien plus complexe et ses manifestations sont très nuancées.

Pour ceux qui sont habitués à analyser un personnage, à décomposer les éléments essentiels de son caractère afin d’en saisir les rapports et le donner un schéma de l’ensemble, Kamal Joumblatt apparait conséquent avec lui-même ; il sait ce qu’il veut et le dit nettement, souvent avec politesse et parfois avec véhémence. Sa nature apparemment complexe tient à la variété de ses dons, de ses facultés intellectuelles, psychologiques et morales, qui créent chez lui plusieurs personnages distincts mais cohérents. Leader politique, homme d’Etat, il est aussi, comme vous le savez, écrivain, penseur, philosophe, historien, critique, publiciste, polémiste, mystique et cartésien, idéaliste et réaliste, orateur, poète à ses heures, progressiste, démocrate, etc…

Quant aux changements dans les opinions ou les tendances, que l’on repproche parfois à Kamal Joumblatt, ils ne sont, à les examiner de près, que des changements de tactique, commandés par les circonstances. Mais dans le fond, ses convictions intellectuelles, ses idées politiques, économiques et sociales, n’ont presque jamais varié. Charles Maurras lui-même le plus intransigeant, des doctrinaires, a écrit : « Il faut être rigide sur les principes, nuancé dans l’application ».

Grace à ses qualités intellectuelles et morales, à sa haute culture, à son courage, à son intégrité, à son esprit organisateur, à son expérience des hommes, Kamal Joumblatt représente pour le Liban actuel, qui évolue comme les autres pays du monde, aujourd’hui, vers un avenir plus ou moins différent du passé, vers des transformations nécessaires dans tous les domaines de la vie. Ces transformations, notamment dans le domaine social, Kamal Joumblatt entend qu’elles s’accomplissent par les voies démocratiques et parlementaires et non par la révolution ou la violence, qui, il le sait et le dit, n’enfante d’ordinaire que la ruine, la misère et le despotisme.

Les divers dons de sa nature, et même ses défauts, qui ne sont que l’envers de ses qualités, Kamal Joumblatt, les a toujours employées, avec la passion de son âme ardente et de ses sentiments humanitaires, au service du Liban et des classes laborieuses de ce pays. Est-il besoin de rappeler que ce grand Libanais est un fils de la montagne, à laquelle il demeure fort attaché, l’héritier d’une vieille famille seigneuriale, dont les représentants n’ont jamais cessé, depuis quatre siècles environ, de lutter, aux côtés des autres grandes familles de la montagne, pour l’unité de l’indépendance du Liban, dans ses frontières naturelles et historiques actuelles.

Nous savons tous que le terme de socialisme recouvre de nos jours, des tendances différentes, suivant les pays et les époques. Depuis l’antiquité, depuis Platon, les dénonciations sociales et la volonté de rationaliser l’organisation de la société ont été nombreuses, donnant naissance, dans les temps modernes, à des théories et à des doctrines très variées, les unes extrémistes, les autres modérés.

Le socialisme progressiste, doctrine du parti fondé et présidé par Kamal Joumblatt, est un socialisme modéré. Dans la terminologie socialiste, le socialisme, vers la justice sociale laquelle est aujourd’hui l’objectif de tous les pays évolués même ceux dits capitalistes ou bourgeois. La forme du socialisme diffère suivant la mentalité et la psychologie du peuple, lesquelles se révèlent par les constantes de leur histoire au cours des siècles révolus.

Pour Kamal Joumblatt, comme pour tous les Libanais bien pensants, le Liban, fidèle à sa vocation millénaire commandée par la géographie, l’économie et l’histoire, doit collaborer utilement avec les pays de l’Orient Arabe, dont il fait partie intégrante, et servir d’intermédiaire entre, d’une part, les pays de l’Orient Arabe et, d’autre part, ceux du monde méditerranéen, auquel il appartient également, à condition bien entendu, que soient respectées, par les uns et les autres, son identité propre, sa personnalité particulière, son indépendance politique, son intégrité territoriale, et ses libertés qu’il a constamment défendues au cours des longs siècles de sa vieille histoire.

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