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“Magazine” Beyrouth le 8 Avril 1978

“Magazine” Beyrouth le 8 Avril 1978

“Magazine” Beyrouth le 8 Avril 1978, no: 1084

FRANCE – LIBAN

DES RELATIONS QUI REMONTENT TRES LOIN DANS L’HISTOIRE

Les relations amicales et cordiales qui ont presque tou jours lié, au cours des siècles passés, les chrétiens du Liban et, particulièrernent, les maronites et la France, rernontent très haut dans Ie temps.

Bien avant les Croisades, et bien avant l’Islam, à l’époque byzantine, I’expansion commerciale et démographique des Phéniciens (futurs Libanais vers l’Occident et leu r activité cutturelle leur permettent de conquérir les marchés de I’Europe.

On les appelait Syri (Syriens], parce qu’ils parlaient, a cette époque, Ie syriaque, dialecte araméen chrétien. Ils possèdent d’importantes colonies dans les principales villes d’Italie, d’Espagne, des Gaules (France).

” En Gaule, où leur migration ne se ralentit pas, leur influence devient considerable dans les grands centres, notamment à Paris, où, sous Ie nom de Syriens, ils formèrent une colonie nombreuse à I’époque mérovigienne (481·751)”.

« En 591, sous Clotaire II (585-628), un Syrien est évêque de Paris et ses compatriotes détiennent tant de places ecclésiastiques qu’ils suscitent des recriminations de la part du clerge indigène. Grégoire de Tours relate que Gonthram, roi de Bourgogne et d’Orléans (561·593), entrant à Orleans, en 585, y est harangué en syriaque par I’évêque d’Orléans qui est syrien. Ce sont les Syriens qui ont introduit en Gaule la représentation du Christ sur la croix. Jusque-là, on n’avait pas osé montrer ce Dieu sur Ie gibet infamant réservé aux esclaves”( 1)

A l’époque des Croisades (1098-1291), la religion en Orient, et même en Occident, représentait la nation et la patrie, et la communauté confessionnelle et politique tenait lieu de communauté nationale et ethnique. Les différents groupes confessionnels d’un même pays se consideraient comme étrangers les uns aux autres, voire ennemis. Ils cherchaient chacun à dominer les groupes non conformistes et, s’ils n’allaient pas jusqu’à les exterminer ou les expulser quand ils Ie pouvaient, c’est que ces derniers représentaient, une fois vaincus et soumis, une source de richesses, un troupeau d’esclaves ou serfs taillables et corvéables à merci. Aussi la religion chrétienne apparentait-elle les chrétiens indigènes de cette époque bien plus aux coreligionnaires francs qu’à leurs conationaux ou congénères non chrétiens, qui n’avaient pour eux que haine et mépris.

D’autre part, I’hostilité antisunnite qui dressait les chiites indigènes, en Syrie, au Liban et en Palestine, contre la domination oppressive des Turcs seldjoukides, sunnites et étrangers qui occupaient la Syrie, Ie Liban et la Palestine, eut pour résultat de porter les chiites locaux, sinon s’allier avec les Francs,ennemis des Seldjoukides, du moins a ne pas participer à la lutte que ceux-ci soutiendront contre les nouveaux envahisseurs chrétiens.

Aussi, lorsque la vague de la première croisade, après avoir conquis Antioche, sur les emirs turcs seldjoukides de cette région (1098), déferla vers Ie Sud, fut-elle accueillie, dans les région envahies, avec indifférence par les chiites et avec sympathie par les chrétiens.

Dans I’organisation politique et sociale des Etats francs du Levant, des chrétiens indigènes prirent rang dans la noblesse latine. L’armée des Croisés, principalement formée par les trois ordres militaires et religieux: les Hospitaliers, les Templiers et les Chevaliers Teutoniques, se recrutait aussi parmi les Francs, les maronites, les arméniens, etc.

“Les Francs considéraient comme chrétiens tous les indigènes qui vénéraient la croix, sans distinction de confessions religieuses. Maronites, melkites, arméniens, monophysites, etc. étaient englobés sous la dénomination générale de “Suriens”.

“Une place privilégiée était réservée aux maronites dans l’organisation des Etats latins, Venant de suite Après les Francs… ils etaient admis dans la bourgeoisie, faveur les autorisant à posséder des terres et même jouir de certains privilèges dont bénéficiaient les bourgeois latins” (Ristebhuber). Suivant les documents de cette époque, “Ies maronites pouvaient mettre sur pied 4000 combattants”.

C’est saint Louis, roi de France, qui, par une lettre au prince maronite du Liban, envoyée de Saint-Jean -d’Acre (Akka), Ie 21 mai 1250, qui écrit:

” Notre cœur s’est rempli de joie lorsque nous avons vu votre fils Simon, à la tête de vingt-cinq mille hommes, venir nous trouver de votre part pour nous apporter l’expression de vos sentiments et nous offrir des dons, outre les beaux chevaux que vous nous avez envoyés…

” No us sommes persuadé que cette nation que nous trouvons établie sous Ie nom de Saint-Maron est une partie de la nation française, car son amitié pour les Francais ressemble à l’amitié que les Français se portent entre eux… Nous promettons de vous donner, à vous et à votre peuple, protection, comme aux Français eux-mêmes, et de faire constamment ce qui sera nécessaire pour votre bonheur” (R. Pinon, L’Europa et l’Empire ottoman).

Louis XIV, par lettre autographe adressée à son ambassadeur, à Constantinople, en date du 28 avril 1646, prend ” les chrétiens maronites, qui habitent dans la Mont-Liban, sous sa protection et sauvegarde”.

Louis XV, dans une lettre date de 1737, suit la même politique.

Entre 1830 et 1860, les chrétiens du Liban sont molestés et beaucoup d’entre eux persécutés à I’instigation de I’ Empire ottoman, parce qu’ils avaient soutenu l’expédition militaire en Syrie (1832· 1840) du vice-roi d’ Egypte, Mohammed Ali, ami de la France.

Pour mettre fin à cet état d’insécurité au Liban, qui s’était fort aggravé en 1860, Napoléon III envoie au Liban une expédition militaire, qui remet la paix et I’ordre dans Ie pays.

Grâce à cette intervention de la France, Ie Liban est reconnu autonome, sous 18 suzeraineté du sultan ottoman et la garantie collective des grandes puissances européennes (1860).

Pendan t la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’Empire ottoman, allié de I’Allemagne contre la France, fit payer aux Libanais leur amitié pour la France: Ie ravitaillement en vivres de la montagne fut sus pendu et un tiers des habitants moururent littéralement de faim.

A partir de 1918 et jusqu’en 1943, la France est de nouveau au Li ban, ou elle est reconnue, par la Société des Nations, puissance mandataire au Liban et en Syrie. Le Liban, dans ses frontières naturelles et historiques, est proclamé indépendent par la France, sous Ie mandat de la France. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale (1939- 1945), Ie Liban est proclamé indépendant (1943) par le général de Gaulle chef de la France Libre.

Au cours de la période du mandat français, Ie futur général de Gaulle (officier d’état major à Beyrouth de 1929 à 1931), assistant à la distribution des prix à l’Université Saint-Joseph à Beyrouth, en 1930, a prononcé un discours dont il est utile de rappeler à la jeunesse libanaise le passage suivant :

‘’Jeunesse Iibanaise…. c’est une patrie que vous avez à faire. Sur ce sol merveilleux, et pêtri d’histoire, appuyés au rempart de vos montagnes, liés par la mer aux activités de I’Occident, aidés par la sagesse de la France, il vous appartient de construire I’ Etat . Non point seulement d’en partager les fonctions, d ‘en exercer les attributs, mais bien de lui donner cette vie propre, cette force intérieure sans laquelle il n’y a que des institutions sans vie”.

Notre jeunesse d’aujourd’hui ne manquera certainement pas de mettre à profit ces sages recommandations. Si nous l’avions faiot depuis l’ indépendance du pays, il est plus que probable que nous aurions évité Ia catastrophe nationale que nous continuons de subir depuis 1975.

 

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