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Le Monde Libanais

Le Monde Libanais

Le Monde Libanais

Messieurs les Délégués

S.E. Mr l’Ambassadeur du Liban

S.E. Mr. L’Archevêque Shadraoui

Libanais et Libanaises de Nationalité ou d’Origine

Compatriotes et amis

Le hasard fait parfois bien les chose . C’est bien a un heureux hasard que je dois aujourd’hui le plaisir et l’honneur de vous rencontrer, à l’occasion de votre Ve congres tenu à Caracas, et de prendre la parole dans cette réunion de famille.

Je n’ai nullement l’intention de me mêler ce qui vous regarde, ni de vous donner des conseils dont vous n’avez nu1 besoin. Si j’ai accepté l’invitation de vous parler ce soir, c’est pour vous exprimer certaines vérités fondamentales, que beaucoup de compatriotes, tant au Liban qu’a l’étranger, ne connaissent qu’imparfaitement.

Le Liban est certes l’objet d’un culte pieux de la part de tous ses enfants, ou qu’ils soient. Mais ce culte est en général plus sentimental que raisonne. «Le Liban », « les Cèdres Eternels » , «La Phénicie » , « les Deux Poumons du Liban » (celui de la métropole et celui de l’extérieur), etc… ce sont an assurément de beaux slogans. Mais ces formules romanesques ne suffiraient pas, a elles seules, à constituer une doctrine nationale et politique solide et durable.

Je vous parlerai ce soir, non seulement comme libanais qui éprouve pour son pays un sentiment semblable au votre, mais encore comme une historien qui a longtemps étudié, pour comprendre et faire comprendre, la longue histoire du Liban et des pays du Proche Orient et les problèmes qui les assaillent.

Le témoignage que je vous apporte s’appuie donc sur des faits et des constantes historiques indiscutables et sur des fondements qui sont relativement permanents.

Le Liban n t une individualité géographique particulière qui a constamment fourni et développe, depuis les origines, une collectivité humaine distincte ayant ses Caractères spéciaux, son activité et sa vocation particulières. Le pays Libanais est en effet une montagne qui surplombe la mer et qui se trouve située au centre d’ un carrefour mondial, d’une zone de grand passage, entre les trois continents du Vieux Monde.

 

 

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La montagne qui est un écran protecteur, développe chez les hommes le sens instinctif de la liberté individuelle ou l’indépendance collective. La mer, qui est une voie de communication, favorise les échanges économiques et culturels ; elle développe des milieux humains ouverts aux marchandises et aux idées venues de l’extérieur et par suite, de sociétés cosmopolites, tolérantes, libérales, démocratiques, éprises des progrès et de vie intellectuelle et artistique.

Ces caractères fondamentaux sont bien ceux des populations qui, sous des noms divers, (Giblites, Sidoniens, Tyriens, Cananéens, Phéniciens, libanais) se sont succède, dans notre pays, depuis l’aube de l’histoire jusqu’à nos jours.

Cette individualité géographique, cette personnalité collective, ces caractères spéciaux et cette vocation particulière, forment ce qu’on appelle le patrimoine libanais, un patrimoine national vieux de cinq mille ans environ. Les conditions du milieu géographique qui sont immuables, marquent ce patrimoine d’une empreinte presque permanente, a l’exception des époques ou des causes supérieures (invasions ou domination étrangères) rendaient difficile ou impossible l’exercice de l’activité commerciale et maritime. Les libanais se recroquevillaient alors dans leurs montagnes ou gagnaient l’étranger. Mais sitôt la mer redevenue libre et ouverte, la vocation particulière des libanais réapparaissait au grand jour et reprenait le dessus. C’est ce que nous voyons se produire aujourd’ hui sous nos yeux.

Le Liban s’est constamment présente au cours de t’histoire comme de nos jours sous deux formes : Le Liban métropolitain et celui de ” extérieur ; ces deux parties ont toujours constitue une sorte d’unité nationale dans l’espace. Dès les temps les plus lointains, et pendant des siècles et des millénaires, les libanais résidant a l’ét ranger, qui formaient souvent une partie politiquement autonome, dominions et même empire (comme Carthage), constituaient une sorte de prolongement du Liban, un Liban d’Outre Mer, et formaient avec la mère patrie une unité réelle, cimentée, non par la force ou la contrainte, mais par des liens sentimentaux, culturels, qui en faisaient toujours un même peuple.

C’est pourquoi je ne saurai trop vous engager à continuer, comme vous le faites aujourd’hui, les contacts entre les diverses colonies libanaises, qui habitent un peu partout a l’étranger, et avec la métropole, a conserver vos traditions libanaises et surtout à enseigner notre langue a vos enfants. Nos traditions, notre langue et nos contacts vous aideront à conserver votre personnalité libanaise originale et, tout en vous permettant de demeurer des citoyens dévoués aux pays qui vous accueillent, vous empêcheront d’être dissous dans la masse des populations parmi lesquelles vous vivez. Vous y perdrez, à la longue , notre personnalité originale, les qualités ethniques qui font de vous une race entreprenante, active, rompue a toutes les difficultés, ouverte à toutes les entreprises, et utiles a votre pays d’adoption, en même temps qu’a voue pays d’origine.

Beaucoup d’écrivains et de penseurs modernes, décrivant les sociétés humaines actuelles ont particulièrement mis en relief leur caractéristiques suivantes : soif de déferlernent, d’actions, de passions, de tensions par opposition aux sociétés anciennes, plutôt agricoles, éprises de stabilité et de sécurité, de bonheur statique . Mais les libanais de tous les temps, les Giblites, les Tyriens, les Sidoniens les cananéens, les Phéniciens, les carthaginois, ont toujours été comme les libanais de nos jours, des hommes d’action, d’ouverture, de tension, d’entreprise, de déferlement, de déplacement, de migration.

C’est grâce Il ces caractères spéciaux que les Phéniciens ont pu coopérer a la naissance des premières civilisations historiques et propager ces civilisations dans les pays de la Grèce et de la zone Méditerranéennes.

C’est grâce aux Phéniciens que la Grèce a été, Il deux reprises, initiée a la civilisation ce qui lui a permis de créer la première civilisation Occidentale, ancêtre des civilisations européenne et américaine. Ces faits sont aujourd’hui unanimement reconnus pour tous les historiens Occidentaux.

Je vous recommande également de ne pas négliger la culture intellectuelle qui a toujours constitue depuis les temps recules, un grand élément du patrimoine Libanais, une cause essentielle de notre succès dans le monde, et sans laquelle vous risqueriez de perdre les avantages que vous possédez et pour lesquels vous êtes si bien vus par les pays ou vous vivez. Il faut que l’on sache toujours que le Libanais n’es pas un être uniquement soucieux d’emmagasiner des biens matériels, mais aussi un être épris de culture, de science, d’art, de poésie etc…

On cherche parfois a reprocher aux Libanais leur attachement a des sectes religieuses. Ce fait est un aspect passager, hérité de longs siècles de dominat ion étrangère. Il n’est d’ailleurs pas spécial au Liban :

La Suisse, la Belgique, le Canada et d’autres pays modernes connaissent ce caractère. Ce phénomène a pour cause les conditions géographiques du Liban qui assurent aux Libanais la liberté de croyance et de tolérance. Ce n’est que dans les pays despotiques que l’unité de croyance est imposée par la contrainte.

Les nations libres sont unies par l’intérêt et le désir de vivre ensemble, bien plus que par l’unité religieuse. Les diverses communautés religieuses du Liban sont autant de familles spirituelles qui vivent ensemble et coopèrent pour une existence commune meilleure. L’Histoire nous montre que les nations formées de groupements volontairement unis sont plus puissantes que celles ou les groupements sont unifies par la force. C’est pourquoi l’ont dit communément • l’union fait la force e, el non l’unité; car l’union suppose l’association volontaire d’être distincts et libres.

La conclusion Il tirer de ce que je viens de vous dire, c’est que les Libanais de nos jours comme les phéniciens anciens, sont le produit du milieu géographique du Liban. Et comme l’homme d’aujourd’hui est le même que l’homme ancien, nous pouvons, maintenant que nous sommes redevenus indépendants, refaire ce qu’on fait avant nous les Phéniciens et peut être mieux qu’eux, grâce aux nouveaux instruments que nous procurent ta science, et les techniques modernes.

Vive le Liban

Caracas, le 10 Juin 1967