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Jawad Boulos au « Jour »

Jawad Boulos au « Jour »

Jawad Boulos au « Jour »
« Le passe devrait servir de leçon aux arabes »

M. Jawad Boulos vient de rentrer d’un voyage de 22 jours au Venezuela, ou il était invité, par trois Universités et l’Académie Nationale d’Histoire, à donner une série de conférences, sur le chemin du retour, il a également passé 12 jours aux Etats-Unis, ou il a assisté a plusieurs réunions des Nations Unies.
Bien que son voyage ait eu un objet purement culturel de ses contacts, tant avec les étudiants vénézuéliens, qu’avec les émigrés de la colonie arabe, quels échos, quelles impressions a-t-il rapportés, quant aux derniers événements, qui se sont déroulés au Moyen-Orient ?

« Pour les étudiants vénézuéliens, le Moyen-Orient est vraiment très loin et ce n’est nullement le centre de leurs préoccupations. En ce qui concerne les émigrés, leurs positions, leurs réactions sont naturellement très différentes. Ils sont violemment contre Israël, non seulement en raison de leur attachement a leur patrie d’origine, mais aussi parce que ce sont, pour la plupart, des commerçants et que les concurrents, contre les quels ils doivent lutter avec le plus d’acharnement, sont des Juifs. D’où, chez les émigrés arabes, un anti-sionisme très solidement basé et ancré ».

« En dehors de cela, il faut reconnaître que l’opinion publique, tant au Venezuela, qu’aux Etats-Unis, est en grande majorité pro-israélienne.
J’ai pu faire, d’ailleurs, la même constatation au sein de l’O.N.U. Ceci étant du – comme chacun le sait – au réseau de propagande sioniste, puissamment orchestrée, dans le monde entier ».

« Nos émigrés pourraient, certes, représenter une force identique. Encore faudrait-il que soit crée un organisme officiel, pour leur donner les directives indispensables et canaliser toutes les énergies.

Actuellement ils ne peuvent que s’en tenir à une réprobation passive. Il n’est certainement pas possible de compter sur des initiatives privées, pour entreprendre une action d’une envergure telle que celle de défendre, soutenir et promouvoir la cause arabe ».

– Ne croyez-vous pas que pour rendre efficace une action de propagande arabe commune il faudrait tout d’abord qu’il existe une réelle unité entre tous les Etats arabes ?

« Commençons par faire une distinction, très nette, entre Union et Unité. L’Union fait la force, oui, et cette union existe face au problème israélien, envers lequel tous les pays arabes ont adopté une attitude commune. Par contre, la recherche d’une Unité ne peut être que néfaste. Si les Arabes connaissaient leur histoire, ils n’auraient d’ailleurs jamais tenté d’aborder ce chapitre. Toutes Unité, visant à détruire les nationalismes régionaux, ne peut apporter que faiblesse, luttes intestines et discordes entre les Etats, que l’on aura voulu réunir, sans tenir compte des leçons du passé. Et l’on « paye » cher, lorsque l’on travaille contre l’histoire et contre la géographie. Une véritable union suppose au contraire des organismes libres et indépendants ».

« D’ailleurs, il ne faut pas trop monter en épingle l’importance de l’opinion publique. Celle-ci n’est utile qu’après coup, non pour les forts, afin qu’ils paraissent – de surcroit – avoir le bon droit de leur côté.

L’opinion publique est de toute façon, avec le vainqueur. Et, ce qui en résulte, mais uniquement la force des armes ».

Pas de solutions durables

« Ici encore, toutefois, ne nous méprenons pas. Ce ne sont pas les armes qui peuvent régler un problème. Elles le suppriment provisoirement, mais il renaitra quelque temps plus tard, avec plus de forces ».

« Les solutions aux problèmes politiques ne peuvent être durables, que lorsqu’elles sont réalisées par l’acceptation, la volonté des parties antagonistes. Ce qui, dans le cas qui nous concerne, parait impossible ».

– Selon vous, le Moyen-Orient irait-il vers un nouveau Vietnam ?

« Non. Pis encore. Au Vietnam on peut toujours envisager, espérer une issue. Pas au Moyen Orient. Si l’on veut se référer à l’histoire, ce serait, plutôt, avec l’époque des Croisades, que l’on pourrait tenter une comparaison. Nous retrouvons un « corps étranger » contre lequel la lutte ne peut cesser, tant qu’il n’a pas été éliminé de la cellule dans laquelle il s’est introduit ».

La série de conférences que vous avez donnée au Venezuela portait sur « les données de l’histoire et les leçons que l’on peut en tirer, pour la compréhensions des problèmes politiques et sociaux actuels ». Comment, selon vous, l’histoire pouvait elle laisser prévoir et peut-elle expliquer le pressent conflit ?

« L’histoire ne peut permettre de prévoir que les grandes lignes d’un événement, mais elle peut toujours l’expliquer ; c’est la seule véritable école de la politique ».

« En effet, c’est une erreur de croire que les inventions scientifiques et techniques ont modifié le comportement des hommes. Rien ne peut changer l’âme humaine; les caractères fondamentaux étant façonnés et modelés par l’hérédité et le milieu géographique, tous deux relativement immuables. Les passions humaines restent donc les mêmes. Or ce sont précisément les passions sont exacerbées, l’intérêt même, passe au second plan ».

« Quant aux problèmes, eux-mêmes, ceux qui se posent, actuellement, se sont déjà poses de nombreuses fois dans le passé, suivant les mêmes données que de nos jours ».

Une zone d’attraction

« Ainsi, depuis, non seulement la plus Haute Antiquité mais même la Préhistoire, le couloir syro-palestinien a toujours été une zone de passage entre l’Egypte et l’Afrique, d’une part et l’Irak et l’Asie de l’autre ; donc une zone d’attraction pour tous les peuples en mouvement, tous les conquérants ».

« L’Egypte a toujours considéré ce couloir, comme indispensable a son activité économique et sa sécurité. D’où son intérêt constant, pour tout ce qui s’y passe et l’impossibilité d’accepter la présence d’Israël, surtout devenue puissance militaire, Israël, de son côté, ne pouvant manquer d’envisager d’étendre sa domination a l’ensemble de ce couloir ».

« La connaissance de l’histoire est aussi indispensable à un politicien, que l’est un examen général de laboratoire à un médecin pour établir son diagnostic ».

– Ne pensez-vous pas, que la présence du pétrole et du Canal de Suez puissent représenter pour les pays arabes, des éléments nouveaux, suffisamment déterminants, pour modifier certaines données de l’histoire ancienne ?

« Absolument pas et espérer s’en servir comme des atouts, n’est qu’une idée d’enfants. Tout d’abord, parce que c’est une arme a double tranchant et qu’en en privant les autres, ils risquent de se ruiner eux-mêmes. Et enfin, parce que, depuis le conflit de 56, les dirigeants des puissances intéressées ont pris les mesures nécessaires afin que la coupure du pétrole ou la fermeture du Canal n’entraîne pas une crise dans leur pays ».

– Quelles pourraient donc être selon vous les meilleures armes des pays arabes?

« Celles, précisément, qu’ils ont négligées jusqu’à ce jour, et qui ont fait la force de l’ennemi : la Science et la Culture. C’est bien ce qui doit être la principale arme des pays arabes et, surtout, du Liban ».

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